20.4.10

Bernard Rappaz


Au nom du chanvre
envoyé par sboum. - Regardez plus de films, séries et bandes annonces.

40 minutes avec un cultivateur de chanvre. Il est emprisonné actuellement en suisse pour blanchiment d'argent (défense de rire). N'étant pas consommateur de ce genre de produit, je remarque juste que le cannabis est envisagé par le gouverneur républicain de californie comme un moyen de stopper la crise et qu'il a été prouvé qu'il est bien plus efficace sur la durée que la morphine (tiré du pavot, dont la culture sert également a l'exploitation de l'héroïne) dans le traitement du cancer. Le cannabis est également conseillé au canada dans le traitement de la sclérose en plaque. On peut continuer a criminaliser cette drogue et encourager les circuits économiques criminels, ou bien légaliser cette drogue.

22.1.10

Liberté-Fraternité-Egalité

APPEL DES ORGANISATIONS POLITIQUES, ASSOCIATIVES ET SYNDICALES POUR UN RASSEMBLEMENT CONTRE LE DEBAT SUR L’IDENTITE NATIONALE

Le 22 janvier à Lyon est annoncé un débat sur l’identité nationale, débat organisé par Eric Besson, ministre de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale, et du développement solidaire.

Un débat qui n’a pas lieu d’être :
Après la création d’un ministère dont l’intitulé même fait un amalgame entre immigration et identité nationale, le gouvernement prend comme prétexte une réflexion sur les valeurs de la République pour diviser les français et pour dissimuler les problèmes actuels. Après le matraquage autour du tout-sécuritaire, le gouvernement s’applique à stigmatiser les populations issues de l’immigration. Les étrangers et les français issus de l’immigration sont décrits comme une source de problèmes et sont des boucs-émissaires. Le lancement de ce débat dans la période actuelle n’est pas anodin : il s’inscrit dans une perspective électoraliste faisant appel à des relents nationalistes et ainsi gagner des voix sur l’extrême-droite. Il est intolérable que nos ministres tiennent des propos racistes légitimant ainsi les dérapages xénophobes de citoyens présents lors de ce débat.

Les valeurs de la République française (liberté, égalité, fraternité, laïcité) ne sont pas celles défendues par le gouvernement actuellement :
Nous constatons que le gouvernement actuel mène une politique d’exclusion au vu de sa politique d’immigration, des expulsions réalisées sur son territoire et de sa gestion des sans-papiers, ce qui met à mal la dignité humaine. La France dans laquelle nous vivons est une France où l’origine, l’âge, le sexe, la situation professionnelle, la confession religieuse ou la préférence sexuelle ne doivent être en aucun cas discriminants ou marginalisants. Dans notre pays, le chômage augmente, les discriminations divisent d’avantage une jeunesse condamnée à la précarité. Des solutions pourraient être adaptées en s’appuyant notamment sur les services publics pour construire une égalité réelle entre les citoyens plutôt qu’en les démantelant.

Nous exigeons :
la suppression du Ministère de l’Immigration, de l’intégration et de l’identité nationale
la suppression des débats sur l’identité nationale.

C’est pourquoi en tant qu’organisations politiques, syndicales et associatives, nous appelons à un rassemblement citoyen le 22 janvier à 17h devant la préfecture.

10.7.09

Terrorisons les terroristes


Le 25 Juin les ouvriers de Continental se rassemblaient devant la bourse de Paris.

"Comme aux alentours de 1840, nous sommes confrontés à un capitalisme cynique, sûr d’être la seule voie possible d’organisation raisonnable des sociétés. On insinue partout que les pauvres ont tort de l’être, que les Africains sont arriérés, et que l’avenir appartient, soit aux bourgeoisies « civilisées » du monde occidental, soit à ceux qui, à l’instar des Japonais, suivront le même chemin. On trouve, aujourd’hui comme à l’époque, des zones très étendues de misère extrême à l’intérieur même des pays riches. On trouve, entre pays comme entre classes sociales, des inégalités monstrueuses et croissantes. La coupure subjective et politique entre les paysans du tiers-monde, les chômeurs et les salariés pauvres de nos sociétés « développées » d’un côté, les classes moyennes « occidentales » de l’autre, est absolue, et marquée par une sorte d’indifférence haineuse. Plus que jamais le pouvoir politique, comme la crise actuelle le montre avec son unique mot d’ordre, « sauver les banques », n’est qu’un fondé de pouvoir du capitalisme. Les révolutionnaires sont désunis et faiblement organisés, de larges secteurs de la jeunesse populaire sont gagnés par un désespoir nihiliste, la grande majorité des intellectuels sont serviles. Opposés à tout cela, aussi isolés que Marx et ses amis au moment du rétrospectivement fameux Manifeste du Parti communiste de 1847, nous sommes de plus en plus nombreux cependant à organiser des processus politiques de type nouveau dans les masses ouvrières et populaires, et à chercher tous les moyens de soutenir dans le réel les formes renaissantes de l’Idée communiste. Comme au début du XIXe siècle, ce n’est pas de la victoire de l’Idée qu’il est question, comme ce sera le cas, bien trop imprudemment et dogmatiquement, durant toute une partie du XXe. Ce qui importe d’abord est son existence et les termes de sa formulation. D’abord, donner une forte existence subjective à l’hypothèse communiste, telle est la tâche dont s’acquitte à sa manière notre assemblée d’aujourd’hui. Et c’est, je veux le dire, une tâche exaltante. En combinant les constructions de la pensée, qui sont toujours globales et universelles, et les expérimentations de fragments de vérités, qui sont locales et singulières, mais universellement transmissibles, nous pouvons assurer la nouvelle existence de l’hypothèse communiste, ou plutôt de l’Idée du communisme, dans les consciences individuelles. Nous pouvons ouvrir la troisième période d’existence de cette Idée. Nous le pouvons, donc nous le devons."

Alain Badiou (Circonstance 5, l'hypothèse communiste)

Ne sachant pas trop comment appréhender les nouvelles formes d'organisations de la révolte, le parti de la presse et de l'argent secondé par les barons mafieux d'une oligarchie de plus en plus terroriste agitent des épouvantails. A leurs grands désarrois, ils n'en deviennent que plus populaires...


26.6.09

Qui a tué Bambi?

"l'industrialisation du monde à marche forcée depuis le 19e siècle est largement réputée responsable d'avoir infligé un sévère défi à l'identité individuelle: un monde standardisé à l'efficacité croissante compromet la liberté individuelle, son importance et ses chances, avec comme sensation résultante la perte de sa propre identité"

(1977, Rapport annuel de la société Warner Communication)

"Qu'est il arrivé l'année Michael Jackson? Pour les quelques premiers millions qui ont acheté Thriller, forme et fond, subjectivité et objectivité, soi et l'autre, marchandise et consommateur ne faisaient qu'un. Ces quelques millions ont acheté un disque qu'ils aimaient. Puis Thriller est devenu une image - une image, dans le milieu du capitalisme moderne, dans le paradis du spectacle, du bien: une image irrésistible d'auto réalisation et de conquête du public. Après ça, la forme supplanta le fond, ce qui ne veut pas dire que le message de Jackson s'est perdu dans la glose de Thriller - mais que ni la forme, ni le fond ne sont restés liés au disque lui-même. Le fond n'était plus dans le son de la musique, et la forme n'était plus dans la manière dont la musique avait été produite ou fonctionnait comme genre. Le fond c'était maintenant la réponse de chacun à l'évènement social que représentait Thriller, la forme les mécanismes de l'évènement.
Pour Debord, la société du spectacle était la société moderne elle même, en aucune façon naturelle, une construction intéressée mais néanmoins implacablement complète: "la réalité surgit dans le spectacle, et le spectacle est réel." Puisqu'il était issu du milieu pop, cette usine à symboles, on pouvait considéré Thriller comme un spectacle du spectacle, une médiation entre le spectacle pop et le plus grand spectacle qu'était,Thriller semblait le prouver, la vie sociale. Les Sex Pistols avaient forcé les gens à choisir - au début, pour ou contre les Sex Pistols, puis, si on entrait à un concert de Johnny Rotten, dire oui ou non à Dieu et à l'Etat, au travail et aux loisirs, à l'artiste ou à soi. Le triomphe de Michael Jackson a été de permettre aux gens de ne pas choisir. Thriller appliqua son propre principe de réalité: il était là, dans chaque trajet pour aller bosser, sérénade pour chaque course, référent pour chaque achat, un fait dans chaque vie. Il était inutile de l'aimer. il vous suffisait de le reconnaître - mais d'une certaine façon, durant l'année Michael Jackson, le reconnaître c'est l'aimer."

Greil Marcus, Lipstick Traces, Une histoire secrète du 20e siècle.



15.2.09

Européana



""La Grèce est au centre de la mondialisation, tiraillée entre la crise occidentale, et le dumping social imposé par les délocalisations. Il est en train de se former en Grèce une mafia gréco-étrangère, très inquiétante, qui pour le moment n'a pas l'habileté organisationnelle de la Camora dont parle Saviano dans son immense livre (Gomorra). Mais elle est très présente : commerce de filles jeunes -très jeunes- d'Afrique mise su rle marché, commerce de travailleurs, commerce de drogue, contre-bande en tout genre. La Grèce est la prochaine plaque tournante, merci de ne pas l'oublier Messieurs de Bruxelles. Son allié le plus puissant à cette nouvelle mafia ce sont les entreprises qui exploitent les différentiels de coûts : le World Economic Forum appelle cela la compétitivité. Un petit pays comme la Grèce n'a pas les moyens matériels de résister à cette pression, du haut et du bas, de l'Est et de l'Ouest. Cette chute est presque inscrite dans le programme économique d'un pays qui produit de moins en moins et qui vit de plus en plus off-shore (c'est ce qui ressoirt des nombreux travaux de l'INE, institut du travail de la ΓΣΕΕ - La confédération des travailleurs). Pour faire bonne mesure, et bien montrer que aucun joyau de la couronne ne résistera à la manie privatisatrice, le gouvernement a finalement autorisé la vente du port du Pirée au géant chinois Cosco. "

Rigas

"Le quotidien conservateur The Times s'inquiète de l'indépendance économique et politique de l'Islande en cas d'un sauvetage effectué par la Russie : "La crise de l'Islande n'est pas qu'une leçon de morale de portée mondiale face au nombre d'investisseurs étrangers, notamment britanniques ; elle expose le pays aux voleurs qui veulent mettre le grappin sur ce prix. La Russie a proposé de venir au secours de l'Islande en proposant une aide de 4 milliards de livres. … Moscou dispose de l'argent, des moyens et des mobiles. Et quel que soit l'état d'agitation de ce partenaire fiable de l'OTAN, les politiques islandais n'ont pas d'autre choix que de négocier. Il ne pourrait y avoir de plaisir plus grand pour le Kremlin que d'étendre son influence dans l'Atlantique Nord. Si nous ne prenons pas garde, l'Islande marquera le début d'une nouvelle série de fusions et de reprises – non pas d'entreprises, mais de pays entiers.""

The Times

Les mafias prennent le controle du capitalisme, donc d'une partie des démocraties libérales européennes ( Israël, n'est donc pas la seule démocratie libérale en péril ), faute d'une véritable mobilisation anticapitaliste.

1.2.09

Soyons Invisibles...

3000 personnes ont défilées dans un silence tendu dans les rues de Paris hier. Tous étaient là pour s'opposer pacifiquement à la politique antiterroriste qui aujourd'hui aboutie à l'emprisonnement d'étudiants, à l'interpellation de retraités, et l'utilisation de moyens militaires pour contrôler la révolte en banlieue et le syndicalisme. 3000 personnes, c'est peu finalement après les 2 millions qui se sont retrouvés à battre le pavé le 29 janvier. Mais c'est un fait : l'ultra gauche anarcho terroriste est en train de former une armée. Une armée de plus en plus populaire. Sans armes, ni violence.

"Finalement, la prison est peut-être en passe de devenir un des rares lieux où s'opère la jonction tant redoutée par M. Sarkozy : "S'il y avait une connexion entre les étudiants et les banlieues, tout serait possible. Y compris une explosion généralisée et une fin de quinquennat épouvantable", avait-il dit en 2006.
"
Gabrielle Hallez, mise en examen dans "l'affaire tarnac".

"Le temps n'est plus de prévoir les effondrements ni d'en démontrer la possibilité joyeuse. Qu'ils viennent tôt ou tard, il faut s'y préparer. Il n'y a pas à faire le schéma de ce que devrait être une insurrection, mais à ramener la possibilité du soulèvement à ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être : un élan vital de la jeunesse autant qu'une sagesse populaire. A condition de savoir s'y mouvoir, l'absence de schéma n'est pas un obstacle mais une chance. C'est, pour les insurgés, le seul espace qui puisse leur garantir l'essentiel: garder l'initiative. Reste a susciter, entretenir comme on entretient un feu, un certain regard, une certaine fièvre tactique qui, le moment venu, maintenant même, se révèle déterminante, et constante source de détermination. Déjà surgissent certaines questions qui hier encore pouvaient paraitre grotesques ou surannées; reste à s'en emparer, non pour y répondre définitivement, mais pour les faire vivre. Les avoir reposées n'est d'ailleurs pas la moindre des vertus du soulèvement grec:
Comment une situation d'émeutes généralisées devient elle une situation insurrectionnelle? Que faire une fois la rue acquise, parce que la police y a été durablement défaite? Les parlements meritent ils toujours d'être pris d'asaut? Que veut dire pratiquement déposer le pouvoir localement? Comment se décider? Comment subsister? Comment se retrouver?"

Le Comité Invisible. (imprimer le fichier PDF, et bien sur le diffuser le plus largement possible à votre entourage, au boulot, dans vos facs, lycées et maternelles...)

16.1.09

L'insurrection qui vient (Episode 8)

"Un "Comité du 29 Janvier" est un comité qui a pour objet de s'appuyer sur la mobilisation intersyndicale du 29 Janvier pour construire un mouvement social durable. Les comités sont ouverts à toutes les personnes mobilisées dans le mouvement social. Ils ont un caractère populaire, interprofessionnel, inter-âge.Qu'il soit retraité, intermittent, salarié du privé ou du public, étudiant, chômeur, lycéen, mal logé, saisonnier, stagiaire, rmiste, sans papier, qu'il soit ou non syndiqué chacun y a sa place. Pour qu'un comité fonctionne il faut veiller à faire tourner les responsabilités (animateurs, secrétaires de séances, responsables de commissions, délégués etc).Attention : - ces comités ne sont pas des groupes inter-organisationnels même s'ils sont évidements ouverts à tous quelles que soient leurs appartenances politiques associatives ou syndicales. Ces organisations peuvent y participer et sont encouragées a s'y exprimer mais cela ne leur ouvre pas des droits particuliers dans le fonctionnement des comités.- les "Comités du 29 Janvier" ne sont en aucun cas des outils anti-syndicaux, anti-partidaires ou anti-associatifs, c'est simplement un type d'organe qui a prouvé son efficacité lors de nombreux mouvement sociaux; il semble donc opportun d'en favoriser la constitution.Pour créer un comité dans sa ville, il suffit de mettre son contact sur ce forum, indiquer dés que possible une heure, une date et un lieu de première réunion locale, diffuser l'information au plus grand nombre de personnes mobilisées. Le reste se fait tout seul.Il peut bien entendu exister plusieurs comités dans une ville si la taille de celle-ci le permet."

Il faut se rappeler de l'incroyable insurrection pacifiste de Corée du Sud dont le pique a eu lieu au début de l'été 2008. Il faut ne pas oublier que la puissance de ce mouvement a eu comme origine ce genre de forum.



11.1.09

You can do business in Palestine


"La logique de l'entreprenariat criminel et la vision des parrains sont empreintes d'un ultra-libéralisme radical"

Roberto Saviano, auteur du chef d'oeuvre "Gomorra".

Les affaires continuent au Moyen-Orient. L'important pour l'Autorité Palestinienne comme pour le gouvernement israélien c'est tirer profit du chaos pour imposer le capitalisme du désastre au peuple palestinien et israélien. Alors que les morts s'accumulent (900 côté palestinien, 13 du côté israélien) les mafias, d'un côté comme de l'autre, continuent leurs business. Le FMI et la communauté internationale par leurs politiques de dérégularisation du marché permettent aux organisations mafieuses israéliennes et palestiniennes de profiter du désastre.

Dedefensa.org, site d'analyse belge de l'actualité revient sur un article du Los Angeles Time qui traite de la criminalité organisée en Israël:

"le développement du crime organisé répond au calendrier de l’américanisation d’Israël en même temps que de l’introduction d’une économie libérale qui favorise notamment l’individualisme, l’atomisation de la société, sa fragmentation, etc. L’autre aspect, qui est l’évolution de la nécessité de la sécurité vers l’obsession sécuritaire, c’est-à-dire la bataille permanente contre le terrorisme, puis ”contre la terreur” à l’image de la bataille menée par les USA, avec l’usage de moyens de plus en plus violents et de plus en plus déstructurants, nourrit un contre-coup général à l’intérieur d’Israël. D’une certaine façon, l’illégalité foncière de l’action extérieure d’Israël se retrouve dans l’évolution intérieure; que cette illégalité soit justifiée ou pas importe peu, du moment qu’elle existe d’une façon ouverte, affichée, et qu’elle est quasi-permanente. "

Il est utile de lire l'un après l'autre La Stratégie du Choc, Gomorra, Programmer Le Désastre, et le blog de Julien Salingue pour comprendre les enjeux véritables qui sont en train de se jouer.

"Le rendement extraordinaire des entreprises israëliennes du secteur de la sécurité intérieure est bien connu des observateurs des marchés boursiers, mais on en tient rarement compte dans l'analyse de la situation politique de la région. C'est un tort. Le hasard n'est pour rien dans le fait que la décision d'Israël de situer le « contre-terrorisme » au centre de son économie d'exportation a coïncidé avec l'abandon des négociations de paix. De la même façon, c'est pour des raisons stratégiques évidentes que le gouvernement présente désormais le conflit qui l'oppose aux Palestiniens non plus comme une lutte contre un mouvement nationaliste revendiquant des terres et des droits, mais plutôt comme un des théatres de la guerre mondiale contre le terrorisme, contre des forces irrationnelles et fanatiques résolues à tout détruire."

« De toute évidence, l'industrie israélienne n'a plus rien à craindre de la guerre. Par contraste avec 1993, année où le conflit était considéré comme un obstacle à la croissance, la bourse de Tel-Aviv connut une hausse en août 2006, mois de la terrible guerre contre le Liban. Au cours du dernier trimestre de l'année, marqué sanglante par l'escalade sanglante de la violence à Gaza et en Cisjordanie au lendemain de l'élection du Hamas, l'économie générale d'Israël a connu une croissance ahurissante de 8 % - trois fois plus que celle des Etats-Unis au cours de la même période. Pendant ce temps, l'économie palestinienne s'est contractée dans une proportion de 10 à 15% en 2006 ; le taux de pauvreté frolait les 70%. »

Naomi Klein, La Stratégie du Choc.

"En Cisjordanie, Abbas nomme Salam Fayyad, ancien haut fonctionnaire du FMI et de la Banque Mondiale, Premier Ministre : ils mènent, en échange du retour des aides internationales, une politique alliant normalisation des relations économiques et sécuritaires avec Israël, répression contre le Hamas, désarmement des combattants et purge au sein des appareils de sécurité"

Julien Salingue


"Comme son nom l’indique, la Palestine Investment Conference (PIC) est une conférence à l’initiative de plusieurs grandes entreprises palestiniennes (notamment la Padico2 et la Consolidated Contractors Company3) et à laquelle sont conviés tous ceux qui souhaitent investir des capitaux dans les territoires palestiniens. Selon les chiffres communiqués par les organisateurs de l’événement, plus de 1200 invitations ont été envoyées aux quatre coins du monde. L’initiative a recueilli le soutien de groupes comme Intel, Cisco ou l’Arab Bank, ainsi que celui, entre autres, du Département d’Etat à Washington4, de Tony Blair, émissaire du « Quartet pour le Proche-Orient » (Etats-Unis, Russie, Union européenne, ONU)5, de la Banque Mondiale6 et, bien sûr, de l’Autorité Palestinienne.

Sur la page d’accueil du site internet de la PIC7 le Premier Ministre Salam Fayyad explique en effet que « même si la conférence est conduite par le secteur privé, l’Autorité Nationale Palestinienne lui offre un soutien total et travaille à faire de la conférence un succès ». Il parle d’un « événement historique ». Le Ministre de l’Economie Kamal Hassounah affirme de son côté que « l’Autorité Nationale Palestinienne considère la PIC comme une haute priorité » et qualifie la PIC de « point culminant d’un partenariat historique entre secteur public et secteur privé »8 en Palestine. Hassan Abu Libdah9, « PDG » (« Chief Executive Officer ») de la conférence, se félicite lui aussi de la coopération entre les secteurs publics et privés et des nombreux soutiens que reçoit la PIC, tant sur le plan local qu’à l’échelle internationale10.
"

Julien Salingue

"Dans le quotidien israélien Haaretz, Tony Blair abonde dans le même sens : « Aujourd’hui en Palestine il y a de réelles opportunités pour faire des affaires »12.

Julien Salingue


"Sdérot –Après une petite manifestation aux portes de la prison Gaza, j'ai décidé d'aller à Sdérot qui, nous diton, est la ville martyre, victime depuis plusieurs années de centaines de roquettes palestiniennes. J'ai donc téléphoné à mon ami Marcello qui, depuis une quinzaine d'années, anime des programmes de rattrapage scolaire dans ce qu'on appelle les villes périphériques, l'équivalent des banlieues en France. Entre autres à Sdérot, où, c'est ma chance, il se trouve aujourd'hui. Nous fixons rendez-vous dans l'un des deux cafés situés sur l'unique place de cette bourgade qui, à l'instar de toutes ces petites villes où l'on a parqué les immigrants juifs venus des pays arabes dans les années cinquante et soixante, est un véritable désastre social, économique et culturel. Si le mot exclusion a un sens, c'est à Sderot qu'on le trouve : jusqu'à ce qu'elle devienne la cible privilégiée des Qassam, rares étaient les Israéliens qui avaient entendu parler de Sdérot."

Michel Warschawski, auteur de Programmer le désastre, dans l'Humanité.

"Nombre de voix lucides en Palestine s’élèvent aujourd’hui : l’heure est la reconstruction de la résistance (création de structures militantes unitaires à la base, d’un commandement unifié de la lutte, de syndicats indépendants de l’AP, de coopératives agricoles, de comités de village…) et non à la lutte stérile pour le contrôle d’un pseudo-appareil d’Etat prêt à signer un accord entérinant la cantonisation et voué à n’être qu’un sous-traitant des basses œuvres de l’armée israélienne, ou à être liquidé s’il ose revendiquer des droits pour les Palestiniens."

Julien Salingue.

"En ce moment même, beaucoup de sionistes orgueilleux se préparent à marquer un point essentiel : ne suis-je pas au courant que beaucoup de ces joujoux de très haute technologie proviennent des parcs de recherche israéliens, numéro un mondial en info-technique ? C’est assez vrai, mais ils ne sont pas les seuls. Plusieurs jours après le début de l’attaque de Gaza par Israël, Richard Ramsey, le gérant d’une entreprise britannique de télécom spécialisée en services vocaux sur internet a envoyé un courriel à la firme technologique israélienne MobileMax : « En conséquence de l’action du gouvernement israélien ces derniers jours, nous ne serons plus en position d’envisager de faire des affaires avec vous ou toute autre société israélienne. »

Ramsey dit que sa décision n’était pas politique ; il ne voulait tout simplement pas perdre des clients. « Nous ne pouvons nous permettre de perdre le moindre client », explique-t-il, « c’était donc purement défensif sur le plan commercial. »

Ce fut cette sorte de calcul froid qui conduisit de nombreuses entreprises à se retirer d’Afrique du Sud, il y a vingt ans. Et c’est précisément ce type de calcul qui représente notre espoir le plus réaliste d’apporter la justice, si longtemps refusée, en Palestine. "

Naomi Klein, dans son appel au boycott

Ce qu'on a coutume d'appeler par commodité "le conflit israelo palestinien" n'est rien d'autre que le paroxysme du capitalisme du désastre. La destruction des Etats au profit des organisations mafieuses.

Massive Attack - Herculaneum (Bande originale du film Gomorra)
Immortal Technique Featuring Mumia Abu Jamal - The War Against US All

22.12.08

Merry Crisis and Happy New Fear !!


Word Bomber
envoyé par ADCR


La France n'est pas la Grèce...Il ne faut pas craindre la contagion. Nous sommes déjà malades. Mais là où en Grèce il y a une habitude de l'émeute, ici les choses sont différentes. Pour nous débarrasser de cette maladie qui nous ronge nous utiliserons d'autres remèdes. Mais il ne faut pas faire l'économie de la violence physique. Nous devrions y faire face, le pouvoir économique et politique l'utilisera. Et il ne s'agira pas de tendre l'autre joue. Lorsque cela sera le cas, il faudra utiliser la violence, mais si les manifestants seront visés par les forces de l'ordre, c'est aux symboles du pouvoir qu'il faudra s'en prendre. J'ai écris mes premières notes lors des émeutes de novembre 2005, que j'ai soutenu car les principales cibles des révoltés étaient avant tout les institutions et les symboles du capitalisme que cette jeunesse aime autant qu'elle hait. J'ai bien plus encore soutenu le soulèvement populaire coréen au printemps 2008, bien mieux organisé que celui qui se déroule en Grèce. Les coréens ont experimentés une révolte numérique et pacifiste plus qu'efficace. Cela a fini dans la violence, car le mouvement c'est fait durement réprimés une fois que l'actualité avait changée. Comprenons nous, je ne souhaite pas un conflit violent pour en finir avec le capitalisme. Je sais juste qu'on ne l'évitera pas. Il faut s'y préparer et utiliser en attendant une arme encore bien pire que l'émeute pour détruire le capitalisme: Les mots. Ils nous éviterons sans doute d'utiliser la violence. Mais pas forcément la prison.

18.12.08

ανταρσία



Pendant que la Grèce continue a flamber, le reste du monde est également en train de craquer:

"Ainsi donc, l’affaire des “200 de Chicago” (200? A peu près) fait grand bruit, et fait le miel de toute la presse progressiste et dissidente. Il s’agit de 200 employés de la société Republic Windows & Doors de Chicago, qui ont été licenciés et qui estiment que leurs droits, notamment au niveau du préavis de licenciement et de salaires dus, n’ont pas été respectés. Comble de l’ironie malveillante, Republic Windows & Doors a effectué ces licenciements parce que sa banque, The Bank of America, lui refuse un crédit pour poursuivre ses activités; laquelle banque vient de bénéficier d’une aide plantureuse d’une pincée appréciable de $milliards de l’avisé secrétaire au trésor Hank Paulson. Tout cela fait désordre. "

"des dernières prévisions de Gerard Celente. Il s'agit d'un prévisionniste indépendant travaillant avec son réseau regroupé au sein du Trends Research Institute, en Californie, qui a une bonne notoriété aux USA, qui a une bonne presse (Borchgrave rappelle que The Economist a noté à son propos : «A network of 25 experts whose range of specialities would rival many university faculties»). Au reste, la chose est intéressante parce que ses prévisions, essentiellement pour l'évolution de la situation aux USA, s'accordent assez bien avec la situation actuelle, ses grandes tendances potentielles et l'état d'esprit perceptible dans ce pays.

Borchgrave rappelle également les diverses prévisions réussies de Celente: «Celente's accurate forecasts include the 1987 stock market crash, the collapse of the Soviet Union in 1991, the 1997 Asian currency crash, the 2007 subprime mortgage scandal that he said would soon engulf the world at a time when Fed Chairman Ben Bernanke, a macroeconomist and expert on the Great Depression, told us, "The worst is behind us." In November 2007, Celente also told UPI that a massive devaluation of the dollar was coming and that some Wall Street giants were headed for total collapse. He called it "The Panic of 2008."»

Puis nous continuons dans la prévision au-delà de 2008, par l'affirmation de plus en plus envisagée dans les commentaires courants que l'actuelle crise aux USA est pire que la Grande Dépression, qu'elle va toucher la psychologie américaniste et pousser à des mouvements déstabilisants, jusqu'au terme d'une déstructuration de l'actuel système."

"
"D'une façon générale, les prévisions catastrophiques sur le futur de plus en plus proche les USA se multiplient. Elles ont le rythme des événements actuels aux USA même, où la perception de la gravité de la crise ne cesse également de s'affuter et de s'accentuer. Elles portent en général sur les grandes faiblesses potentielles de cet immense pays rassemblé par la force (Guerre de Sécession) et par la pression de l'artifice de communication (immigration attirée par la promotion de l'American Dream); ces faiblesses portent d'une part sur la cohésion d'une société déjà éclatée par le multiculturalisme, l'individualisme et l'inégalité des revenus, d'autre part sur la seule tradition historique solide qui est le courant centrifuge restée vivace depuis l'origine et malgré les rassemblements forcés que furent la Constitution de 1788 et la Guerre de Sécession."

""Il est manifeste que les forces militaires de Northern Command sont aujourd'hui affectées à toutes sortes de tâches, y compris le maintien de l'ordre en cas de troubles civils. Cette possibilité de troubles civils est aujourd'hui très sérieuse, dans les circonstances troublées que connaissent les USA. Elle fut évoquée encore récemment, dans le Guardian du 5 novembre, par Martin Kettle. Le 10 novembre, WSWS.org reprenait l'allusion de Kettle pour la commenter. "

"La structure militaire US a déjà montré son incapacité absolument ontologique à s'adapter à des situations contrastées de troubles divers et civils, quelle qu'en soit la cause, et au contraire sa capacité à aggraver systématiquement de telles situation par son intervention. D'autre part, il est évident que ces mesures, loin d'apaiser la situation générale, ne font et ne feront qu'aggraver la tension en alimentant tous les soupçons à l'encontre des autorités centrales, et en aggravant par avance les effets de tout foyer potentiel de trouble par la simple "militarisation" de ce foyer dans l'intervention contre lui."

"La vitesse des événements est tout simplement stupéfiante, nous ne cessons de le répéter, alors que le President-elect est encore à un gros mois de son entrée en fonction. La crise économique s'est affreusement aggravée durant les dernières semaines jusqu'à approcher la possibilité d'une dépression, voire d'une seconde "Grande Dépression". Soudain apparaît le spectre fondamental de l'histoire des USA: la crise de l'unité nationale, toujours latente depuis les origines. Les USA sont dans une bien mauvaise situation intérieure pour conjurer ce spectre. "

Dedefensa.org

Le 18 janvier, la jeunesse grecque souhaite que l'Europe s'organise...

C'est également le souhait de l'Islande qui est le premier pays "riche" depuis l'Argentine a demander du pognon au FMI. Denis Robert (et confirmé par d'autres ensuite) a permis de mettre en avant le rachat de l'Islande par les fonds souverains russes. Pas étonnant donc que cela soit en Islande que l'on puisse assister, après la Grèce, a des occupations de commissariat et d'immeubles bancaires...


9.12.08

Mon rêve de Cassandre





Depuis 2004 la Grèce est coutumière des émeutes urbaines annuelles. Les anarchistes et les groupuscules d'extremes gauches n'hésitent pas a utiliser les lances roquettes et les attentats aux voitures piégés. Il me semble que ce qu'il se passe actuellement est totalement différent...

Je vous met en ligne des citations d'articles écrits bien souvent par "les chiens de garde", pas par des anarcho autonomes.

"Tout a commencé hier soir à 9 heures dans le quartier d'Exarchia. Deux policiers en voiture de patrouille sont agressés verbalement par un groupe d'une vingtaine de jeunes appartenant selon la police au mouvement anti-autoritaire.

Suivent des jets de pierres, de bouts de bois. Pour les disperser un des policiers lance une grenade éclairante, l'autre sort son pistolet de service et tire trois fois. Un jeune de 15 ans, touché d'une balle dans la poitrine, tombe mort sur le trottoir."

Corinne Valois, RFI, 7/12/08

""Andréas, la jeune victime d'hier soir, était le fils d'un ingénieur civil, directeur d'agence bancaire, et d'une propriétaire de bijouterie du quartier huppé de Kolonaki. Il vivait dans une banlieue chic d'Athènes, était excellent élève d'une école chère et privée."

""Loin donc de l'extrémiste marginal, il s'est retrouvé face à ce que l'on appelle « les gardes spéciaux » dont la tâche est de garder les immeubles et autres cibles possibles, un groupe de la police mal entraîné, embauché à la va-vite, très souvent sur favoritisme politique et que l'on charge de tâches réservées à des policiers bien entraînés connaissant parfaitement les lois.""

""C'est un corps particulier de la police surtout chargé de surveiller des immeubles et qui légalement n'est pas armé. Et pourtant il portait une arme et selon de nombreux témoignages de jeunes mais aussi d'habitants du quartier d'Exarchia il a consciemment tiré sur Alexandre-Andréas. Il est donc accusé d'homicide volontaire.""

Corinne Valois, RFI, 8/12/08

Lien vers le témoignage d'une journaliste du Figaro qui admet que ce n'est pas une révolte de quelques anarchistes idiots, mais de l'ensemble de la population:

"A Athènes, il y a beaucoup de tension" - Le Figaro
AUDIO - Journaliste au Figaro à Athènes, Alexandra Kefalas revient sur les émeutes que connaît la Grèce.



"C'est le chaos. Les policiers ne savent pas quoi faire, ils n'ont pas d'ordre. Ils essaient seulement de contenir (et n'y arrivent pas), mais n'arrêtent quasiment pas. Le gouvernement a très peur et ne dit rien. Alors que des groupes attaquent, certains en profitent pour piller, créant par là même quelques tensions, certains préférant brûler que piller. À cette heure, et d'après ce qui m'est rapporté, il n'y a plus rien à détruire ou à brûler aux alentours de l'université."

Le Jura Libertaire, 8/12/08

""Nous nous battons contre les privatisations depuis longtemps mais, là, les gens sympathisent de plus en plus avec nous. La crise touche tout le monde, mais le gouvernement est complètement absent. Ma mère par exemple, elle dirige un laboratoire médical, mais on doit vivre à crédit depuis plusieurs mois parce que l'organisme qui la paie n'a pas reçu d'argent de l'Etat. Le gouvernement se fout de nous. On voit défiler des milliards, mais la vie est de plus en plus chère ici, plus encore qu'à Paris. "

Zoé Kazakis, 22 ans, s'est retranchée dans sa faculté d'économie, à Athènes, après les affrontements du week-end avec la police. Elle joue un rôle de coordinatrice de la mobilisation entre sa faculté et les autres établissements mobilisés.

Les Observateurs.

"Le mécontement de la population est d'abord dirigé contre les forces de l'ordre. Les manifestants reprochent à la police de ne pas accomplir correctement sa mission de service public. L'institution policière, qui devrait être au service de tous les citoyens, n'agit aujourd'hui que dans l'intérêt de quelques personnalités influentes. Je connais, par exemple, un directeur de journal qui dispose de trois ou quatre policiers pour assurer sa propre sécurité. Pendant les manifestations de ce week-end, les forces de l'ordre ne sont pas ainsi intervenues pour protéger les commerçants contre les tirs de cocktails Molotov.

Mais cette mobilisation témoigne surtout d'un profond malaise d'une partie de la société à l'égard de la politique du gouvernement grec. Partant de la capitale, elle s'est propagée à tout le pays. Les manifestants dénoncent le fonctionnement d'un Etat qui place l'intérêt d'une certaine classe politique et économique au-dessus de l'intérêt général. Ils réclament la mise en place effective d'un Etat de droit et d'un Etat providence, ainsi qu'une meilleure représentativité des citoyens. Leur objectif, c'est d'être considéré comme des partenaires à part entière du système
politique."

Georges Contogeorgis, professeur à l'université Panteion d'Athènes et ancien ministre

Le Monde, 8/12/08
"Eux, ce sont des étudiants, des jeunes actifs, des garçons, des filles. Des capuches et des foulards qui les protègent des gaz lacrymogènes dépassent autant de joues barbues que de boucles d'oreilles. Toute une génération en fait : ils ont entre 15 et 35 ans. Toute une société aussi : des smicards, des jeunes cadres, des militants d'extrême gauche, et d'autres pas engagés. Ce sont leurs tenues d'émeutiers – vêtements sombres, baskets Converse – qui estompent les lignes."
Elise Vincent, Le Monde, 9/12/08

"Le gouvernement a peur d'une explosion. La situation est hors de contrôle depuis le 6 décembre, lorsqu'un adolescent de 15 ans a été tué par un policier des services spéciaux."

(...)

"Manifestations, émeutes et autres actes de vandalisme : ces images pourraient rappeler la dictature et le soulèvement des étudiants contre les colonels."

(...)

"Ce week-end, pendant plus de trente-cinq heures, le centre de la capitale et Salonique ont été en flammes, un champ de bataille inédit en Grèce. D'autres villes continuent de brûler."

(...)

"Mais le peuple s'est réveillé. L'opposition du PASOK, la coalition de gauche, et l'extrême gauche, appellent à une forte mobilisation ces prochains jours et demande avant tout la tenue d'élections anticipées."

Courrier International


20.11.08

Tiqqun

Depuis quelques jours, nous étions des millions à arpenter les rues de la capitale. A la télévision, les journalistes convenaient que la marche sur les Champs-Élysées, le mois dernier, avait réuni bien plus de monde que celle qui avait suivie la victoire des bleus en 1998. 3 millions de personnes au moins s’étaient regroupées en silence, un cierge a la main pour montrer leur raz le bol de l’emprise de la finance sur le monde. Les arrestations massives l’année précédente dans les milieux anarchistes et communistes révolutionnaires n’avaient pas réussi à faire assez peur aux victimes de la crise des subprimes, deux millions de chômeurs suplémentaires et leurs familles. Pas dupe du peu de choix que leur offraient les partis médiatiques, la rue finie par accueillir la colère du peuple. Des mois durant, tous les jours nous nous retrouvions d’abord Porte d’Orléans pour une traversé de paris sauvage, puis tout doucement par habitude, la marche se finissait place de la concorde.
Sur le net, l’exemple du mouvement populaire coréen fut, heureuse surprise, repris avec un succès incroyable. Sur les forums nous commençions à organiser les marches populaires et des sites alternatifs diffusaient des méthodes de désobéissances civiles et d’actions pacifistes. Des contres campagnes de pub visant des entreprises comme Total ou Natixis eurent un impact inespéré! Laurent Joffrin et Alexandre Adler suivi de Philippe Val dénoncèrent le fascisme rampant de cet ordre d’anarchistes qui perpétuaient, selon eux, une tradition de campagne de dénigrement typiquement antisémite. Cependant aucun d’eux ne crachait sur le financement des pages publicitaires par les manifestants, même si ces derniers dénigraient leur propagande. Rien y fit… Certes tous étaient certains que l’effondrement de ces multinationales ne faisait qu’empirer la situation économique de chacun, mais malheureusement personnes ne voyaient d’autre solution. Le peuple reprenait le contrôle de son histoire, cela méritait des sacrifices.
Au mois d’avril, le gouvernement de François Fillon instaura l’Etat d’Urgence. Contrairement à l’automne 2005, beaucoup de communes, qu’elles soient pro gouvernementales ou non, suivirent les conseils du chef du gouvernement. M.A.M. fit passer une loi pour généraliser la surveillance du territoire. Des drones, déjà employés pour surveiller les banlieues furent déploiés sur toutes les grandes villes. Les manifestations autorisées se transformèrent vite en un festival de caméras de surveillance, de téléphones portables, de caméras D.V., H.D., et des toutes nouvelles caméras espions incrustées dans les pavés, chaque parcelle de réalité était immédiatement transcrite sous une forme numérique subversive ou policière. Lorsqu’une image échappait à la police, celles des journalistes étaient réquisitionnées. Une surveillance généralisée destinée, comme les arrestations des “terroristes”, à décourager l’élan populaire.
Nous, les manifestants, avions pris l’habitude de tenter de marcher sur les Champs-Élysées. Cela rendait les forces de l’ordre extrêmement nerveuses. Selon un journaliste de Libération, ces dernieres infiltrerent les milieux autonomes pour pousser les manifestants à la faute. On vit alors circuler des tracts demandant à ceux qui se réclamaient des milieux autonomes de ne plus participer aux manifestations. Signés par la cellule invisible, dont la popularité n’avait cessée de croître depuis la condamnation en mars 2009 de Julien Coupat à 15 de prison ferme pour activité terroriste, l’appel fut entendu. Des photos diffusées sur le net servaient à démasquer les infiltrés.
Alors que Natixis, Renault, Peugeot et Bouygue se mettaient en faillite, le gouvernement ne semblait plus contrôler la situation. Pour éviter un bain de sang Nicolas Sarkozy accepta que “l’opposition” puisse marcher sur les Champs-Élysées. Les médias se firent une joie de filmer la fuite des membres de l’opposition (Olivier Besancenot, Marie-George Buffet et Benoit Hamon inclus) sous une avalanche de pavés en mousse. Les manifestants étaient fermement décidés à exclure toute violence, le mouvement se devait être le plus populaire possible.
Au début personne ne comprit ce qu’il se passait. Des corps s’effondraient en plein milieu de la foule qui pénétrait la rue du faubourg Saint-Honoré. Puis il y eu des cris et c’est à ce moment que débuta l’insurrection.
Hier, alors que je lui rendais visite, un ami me mit un vieux numéro de Libération dans les mains. Il était daté du 20 novembre 2010. 10 ans déjà... On pouvait y lire ce titre: “Les snipers de la république” dessous en plus petit “Le président Nicolas Sarkozy a donné l’ordre hier de tirer sur la foule”. Qui avait bien pu lui conseiller une telle folie? Nous ne le serons sans doute jamais. Les évènements troubles qui suivirent furent regrettables, mais ils furent inévitables…Le résultat de l’élection d’un président dont les choix politiques et économiques se sont révélés extrêmement dangereux pour la démocratie. Personne n’a jamais pu retrouver le corps du 6e président de la Ve république.

Extrait des "Mémoires d'une république invisible", Edition La fabrique, novembre 2020, Anonyme...

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Editors - French Disko

15.11.08

Les habits neufs de l'ennemi intérieur

En France aujourd'hui, le nombre augmente sans cesse de ceux pour qui "ça ne peut pas durer", de ceux pour qui "ça va mal finir". Quand les banques perdent des fortunes, quand on tire au fusil sur la police dans les banlieues, quand on trouve alternativement dans la rue des magistrats, des lycéens, des chauffeurs de taxi et des sans-papiers, il y a bien de quoi s'inquiéter. Et, comme souvent en pareil cas, le réflexe de l'oligarchie est de créer un ennemi intérieur, pour recueillir l'assentiment général dans le resserrage de son dispositif militaro-policier.

C'est dans Le Figaro (8 juin 2007) que paraît le premier article sur les "anarcho-autonomes", reprenant sans état d'âme un communiqué des Renseignements Généraux. Notons en passant que le doublet est un procédé policier habituel pour désigner des groupes à la fois dangereux et repoussants, judéo-bolcheviques, hitléro-trotskistes, islamo-fascistes. Dans ce numéro, on apprend que "les autorités s'inquiètent de la résurgence de groupes extrémistes [...] qualifiés d'anarcho-autonomes par les services de police". Il s'agit de former le profil de la menace, de forger un sujet responsable des actions qui ont entouré l'élection du Président - attaques de locaux de partis politiques, confrontations avec la police, émeutes organisées. Il s'agit de répandre l'idée d'un partage séparant la population, incarnée par son gouvernement, de quelques individus dangereux qu'il faut neutraliser dans l'intérêt de tous.

L'article date donc de juin 2007. Puis vient le "mouvement" contre la loi Pécresse dans les universités. Une vague d'occupations incontrôlées se répand, sur la simple base de la haine politique contre le nouveau régime. Les organisations militantes ne sont pas seulement débordées, elles sont souvent exclues, inadéquates qu'elles sont pour lutter contre un monde qui leur ressemble tant, un monde de gestion et de manipulation. Et comme il faut bien donner un nom à ce qui vous échappe, les organisations commencent à voir partout se propager le péril autonome. Hallucinées, elles imaginent des "totos" partout. A voir le président de Science-Po Grenoble frapper à la barre de fer un malheureux partisan du blocage, on en vient à redouter qu'il ait été lui aussi, homme si doux par ailleurs, atteint du terrible virus.

Le dispositif est en place, il ne reste plus qu'à le nourrir. On arrête donc à Toulouse, dans les derniers jours de novembre 2007, trois jeunes gens transportant en voiture un engin explosif. Deux sont déjà fichés comme "anarcho-autonomes". On trouve chez eux un exemplaire de L'Insurrection qui vient, livre publié chez La Fabrique, et un exemplaire du second numéro de la revue Tiqqun. En janvier 2008, c'est le tour de deux jeunes parisiens, fichés eux aussi: ils sont arrêtés alors qu'ils se rendent à une manifestation contre le centre de rétention de Vincennes. Dans leur voiture, des fumigènes artisanaux. Enfin, quelques jours plus tard, deux automobilistes, dont l'un connu des services comme "anarcho-autonome", sont fouillés et trouvés en possession de chlorate de soude, d'un livre en italien détaillant la fabrication de bombes, et d'un plan de l'établissement pénitentiaire pour mineurs de Porcheville.

Le 2 février 2008, c'est au tour du Monde de se prêter à l'opération médiatico-policière: l'article est intitulé "Les RG s'inquiètent d'une résurgence de la mouvance autonome". La veille, dans Le Figaro, la ministre de l'Intérieur récitait d'ailleurs, avec sa maladresse de vieille fille, la leçon apprise: "Depuis plusieurs mois, j'ai souligné les risques d'une résurgence violente de l'extrême gauche radicale."

La vérité de l'opération policière en cours, c'est ce versant médiatique. Un système qui ne se maintient plus que par l'inflation de ses forces de police doit donner des rebelles une image haïssable: ce sont évidemment "des terroristes" - terme qui désignait, je m'en souviens parfaitement, les combattants de la Résistance à la radio de Vichy. Mais si nul n'a jamais réussi à produire une définition incontestée du "terrorisme" - tant il est vrai que le terroriste de l'un est toujours le résistant de l'autre -, on sait bien ce qu'est l'antiterrorisme, au nom duquel sont poursuivis les huit individus mentionnés plus haut. D'après les lois antiterroristes françaises, ce qui qualifie une infraction de "terroriste" n'est pas intrinsèque à l'infraction. Ici, c'est l'intention qui compte, dès lors que l'on est "en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur". Ainsi, les détenteurs de fumigènes dont j'ai parlé ne seraient pas incarcérés à l'heure actuelle s'ils n'avaient pas été préalablement fichés aux RG, s'ils n'étaient pas déjà tenus pour des individus dangereux. De même, c'est par pure construction policière que le chlorate de soude et le document italien sont devenus une bombe "en puissance", destinée à faire sauter la prison pour mineurs de Porcheville.

En réalité, l'antiterrorisme n'a rien à voir avec le "terrorisme". Il s'agit d'une technique de gouvernement visant à éliminer par la force les cellules rebelles de l'organisme social. C'est pourquoi nous devons soutenir les subversifs récemment arrêtés : au moment où l'on s'attend à des troubles graves, leur incarcération préventive est une pure manœuvre d'intimidation menée par la police politique. Ne la laissons pas sans réponse.

Eric Hazan, éditeur, directeur de la maison d'édition La Fabrique.